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Catherine Ringer est morte à 68 ans : retour sur la carrière de la voix des Rita Mitsouko

Une voix immédiatement reconnaissable, une présence scénique difficile à confondre avec une autre et des chansons qui ont traversé plusieurs générations. Catherine Ringer est morte à Paris dans la nuit du 14 septembre 2026, à l’âge de 68 ans, des suites d’un cancer foudroyant, selon l’annonce faite par sa famille. Avec Fred Chichin et les Rita Mitsouko, puis au cours d’une longue carrière solo, elle avait construit une place à part dans la musique française.

Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient, des responsables publics aux artistes qui ont grandi avec sa musique. Catherine Ringer laisse derrière elle bien davantage que quelques tubes des années 1980 : son parcours raconte près d’un demi-siècle de création, de liberté artistique et de refus des catégories.

Catherine Ringer, une artiste bien avant les Rita Mitsouko

Née le 18 octobre 1957 à Suresnes, Catherine Ringer grandit dans une famille déjà profondément liée à la création. Son père, Sam Ringer, est peintre et survivant de la Shoah, tandis que sa mère, Jeannine Ettinger, est architecte. Très jeune, elle s’intéresse au théâtre, à la danse, au chant et à la scène, quittant rapidement le parcours scolaire traditionnel pour multiplier les expériences artistiques.

Avant de devenir chanteuse, elle évolue notamment dans le théâtre musical et fréquente les milieux artistiques alternatifs parisiens. Elle travaille avec la danseuse et chorégraphe argentine Marcia Moretto, dont la disparition en 1983 inspirera quelques années plus tard l’une des chansons les plus célèbres des Rita Mitsouko.

Cette période permet déjà de comprendre ce qui fera la particularité de Catherine Ringer. Elle ne vient pas uniquement de la musique et ne se considère pas simplement comme une chanteuse : danse, théâtre, mise en scène, costumes et interprétation vont rester indissociables de son travail.

La rencontre avec Fred Chichin change tout

La grande bascule intervient à la fin des années 1970 lorsqu’elle rencontre Fred Chichin, guitariste et compositeur. Leur rencontre a lieu en 1979 autour d’un projet de comédie musicale. Leur entente dépasse rapidement le cadre d’une simple collaboration : ils deviennent partenaires artistiques, couple et bientôt parents de trois enfants.

Au début des années 1980 naissent les Rita Mitsouko, nom sous lequel ils commencent à se produire notamment au Gibus, à Paris. Le duo mélange alors des influences difficiles à enfermer dans une seule catégorie : rock, punk, pop, funk, chanson française, rythmes latins et expérimentations électroniques se rencontrent dans des morceaux qui ne ressemblent pas vraiment à ce qui domine alors les radios françaises.

Cette singularité ne concerne pas seulement la musique. Catherine Ringer et Fred Chichin développent également une identité visuelle très forte, faite de couleurs, de vêtements extravagants et de clips immédiatement reconnaissables. À une époque où le clip musical prend une importance considérable avec l’essor de la télévision musicale, cette dimension va largement participer à leur succès.

« Marcia Baïla », le morceau qui fait exploser les Rita Mitsouko

Le premier album du groupe paraît en 1984, mais c’est surtout « Marcia Baïla » qui transforme les Rita Mitsouko en phénomène populaire. La chanson est écrite en hommage à Marcia Moretto, danseuse argentine avec laquelle Catherine Ringer avait travaillé et qui était morte d’un cancer en 1983.

Le contraste est saisissant : derrière un morceau coloré et extrêmement dansant se cache en réalité une chanson sur la maladie et la disparition. Le titre finit par dépasser le million d’exemplaires vendus et son clip, réalisé par Philippe Gautier, contribue à installer définitivement l’univers excentrique du duo.

Ce mélange entre gravité et énergie restera l’une des signatures des Rita Mitsouko. Leurs chansons peuvent être immédiatement accessibles tout en abordant des sujets beaucoup moins légers qu’il n’y paraît à la première écoute.

« Andy », « C’est comme ça » : les tubes s’enchaînent

Le succès de « Marcia Baïla » aurait pu enfermer le duo dans un seul morceau. La suite montre rapidement qu’il ne s’agit pas d’un accident. En 1986 paraît The No Comprendo, album qui contient notamment « Andy », « Les Histoires d’A. » et « C’est comme ça ».

Les Rita Mitsouko deviennent alors l’un des groupes français les plus identifiables de leur génération. Le ministère de la Culture souligne aujourd’hui combien leur musique a fait entrer dans la chanson française un mélange de new wave, de punk et de pop, accompagné d’une liberté esthétique inhabituelle.

Le groupe continuera ensuite à expérimenter sans chercher à reproduire éternellement la même formule. Au total, l’aventure commune de Catherine Ringer et Fred Chichin durera près de trente ans et donnera naissance à sept albums studio, auxquels s’ajoutent plusieurs albums live et de nombreuses collaborations.

Pourquoi les Rita Mitsouko ont autant marqué la musique française

L’influence des Rita Mitsouko ne se mesure pas uniquement au nombre de disques vendus. Leur importance tient aussi à leur capacité à montrer qu’un groupe français pouvait être populaire sans nécessairement lisser son identité pour entrer dans les formats de l’époque.

Catherine Ringer y occupe évidemment une place centrale. Sa voix peut passer d’un registre grave à des aigus beaucoup plus explosifs, tandis que son interprétation emprunte autant au rock qu’au théâtre. Sur scène, les chansons deviennent presque des personnages qu’elle joue autant qu’elle les chante.

Le duo possède également une approche très libre de la production musicale. Fred Chichin travaille énormément avec les machines et les nouvelles possibilités offertes par les studios, tandis que Catherine Ringer apporte son rapport au corps, à la voix et à la mise en scène. Leur musique se retrouve ainsi au croisement de plusieurs univers sans appartenir complètement à aucun.

C’est cette liberté qui explique en partie pourquoi des titres enregistrés il y a quarante ans continuent d’être découverts par des auditeurs beaucoup plus jeunes.

2007 : la disparition de Fred Chichin met fin au duo

L’histoire des Rita Mitsouko s’interrompt brutalement en novembre 2007 avec la mort de Fred Chichin, à 53 ans. Sa disparition met naturellement fin au duo après près de trois décennies de création commune.

Pour Catherine Ringer, la perte est à la fois personnelle et artistique. Chichin n’était pas simplement son guitariste ou son partenaire de scène : ils avaient construit ensemble une grande partie de leur vie, leur famille et leur identité musicale.

Elle choisit pourtant de continuer à chanter. Dès 2008, elle reprend la tournée initialement prévue avec Fred sous le nom « Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko and more », entourée de musiciens et notamment, par la suite, de leur fils Raoul Chichin.

Ce choix lui permet de continuer à faire vivre les chansons du duo sans essayer de recréer artificiellement les Rita Mitsouko avec un nouveau partenaire.

Catherine Ringer construit ensuite sa propre carrière

La disparition de Fred Chichin ouvre progressivement une nouvelle période. En 2011, Catherine Ringer publie son premier véritable album solo, Ring n’Roll. Plusieurs morceaux portent forcément la trace du deuil, mais l’artiste refuse de transformer sa carrière en simple hommage permanent à son ancien compagnon.

Un deuxième album solo, Chroniques et Fantaisies, paraît en 2017. Entre ces deux projets et après leur sortie, Catherine Ringer multiplie les collaborations et revient vers certaines de ses premières influences : le théâtre, la poésie, le tango et la chanson.

Elle travaille notamment avec Eduardo Makaroff et Christophe H. Müller, membres fondateurs de Gotan Project, autour du projet Plaza Francia. Elle interprète également des répertoires très éloignés du rock des Rita Mitsouko, de Nino Rota à Édith Piaf, confirmant qu’elle n’a jamais réellement voulu appartenir à un seul genre musical.

Une carrière construite sur le refus des étiquettes

Qualifier Catherine Ringer uniquement de chanteuse rock serait donc assez réducteur. Elle a traversé le punk, la pop, la chanson, le tango, le théâtre musical et la poésie sans chercher à rendre l’ensemble parfaitement cohérent.

Cette manière de passer d’un univers à un autre explique probablement une partie de sa longévité. Elle pouvait reprendre les Rita Mitsouko devant plusieurs milliers de personnes puis apparaître dans un projet beaucoup plus intimiste quelques mois plus tard. Même lorsqu’elle interprétait un répertoire qui n’était pas le sien, sa voix et sa manière d’occuper la scène suffisaient généralement à rendre l’exercice immédiatement identifiable.

Cette liberté artistique est également l’un des éléments les plus présents dans les hommages rendus depuis sa mort. Le ministère de la Culture évoque ainsi une artiste qui avait fait souffler avec Fred Chichin « un vent de liberté et de rébellion » sur la France des années 1980.

Une artiste qui continuait encore à monter sur scène

Catherine Ringer n’avait pas transformé les Rita Mitsouko en simple objet nostalgique. Elle continuait à interpréter leurs chansons, souvent devant un public composé à la fois de personnes ayant connu le groupe dans les années 1980 et d’auditeurs nés bien plus tard.

En octobre 2025, elle s’était notamment produite au Centre Pompidou, peu avant la fermeture du bâtiment pour travaux, accompagnée par le groupe Family Affair mené par son fils Raoul Chichin. Elle poursuivait également L’Érotisme de vivre, une lecture musicale construite autour des textes de la poétesse Alice Mendelson.

Quelques mois avant sa disparition, elle avait dû annuler une représentation prévue à la Maison de la poésie en raison de problèmes de voix. Sa famille a finalement annoncé le 15 septembre qu’elle avait été emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre.

Les hommages se multiplient après sa disparition

L’annonce de sa mort a rapidement provoqué de nombreuses réactions dans le monde de la musique et de la culture. Emmanuel Macron a salué une artiste dont la voix et la liberté avaient marqué la chanson française, tandis que la ministre de la Culture Catherine Pégard a rendu hommage à une personnalité « inclassable » dont les chansons continuent de traverser les générations.

Les hommages sont également venus d’artistes aux parcours très différents. Benjamin Biolay a notamment souligné l’importance de l’album The No Comprendo dans l’histoire de la musique française, tandis que Clara Luciani a salué une artiste unique. Le groupe américain Sparks, qui avait collaboré avec les Rita Mitsouko, a lui aussi rappelé la personnalité singulière de Catherine Ringer et son lien avec Fred Chichin.

Ces réactions illustrent assez bien l’étendue de son influence. Catherine Ringer appartient à la génération qui a explosé dans les années 1980, mais son travail a continué à être cité et repris par des artistes apparus plusieurs décennies plus tard.

Une voix qui restera associée à plusieurs générations

Il serait facile de résumer Catherine Ringer à « Marcia Baïla », tant la chanson est devenue indissociable des années 1980 en France. Mais sa carrière raconte quelque chose de beaucoup plus large : celle d’une artiste qui a réussi à devenir extrêmement populaire sans abandonner son goût pour l’étrange, le théâtral et l’expérimentation.

Avec Fred Chichin, elle a contribué à créer un groupe qui ne ressemblait pratiquement à aucun autre sur la scène française. Après sa disparition, elle a réussi à poursuivre son parcours sans effacer ce passé et sans se limiter à le reproduire. Ses albums solo, ses collaborations et ses projets scéniques ont prolongé cette même volonté de rester libre.

La disparition de Catherine Ringer referme ainsi un chapitre important de la musique française, mais pas celui des Rita Mitsouko. « Marcia Baïla », « Andy », « C’est comme ça » ou « Les Histoires d’A. » continuent d’être écoutés quarante ans après leur sortie, et une partie du public qui les découvre aujourd’hui n’était même pas née lorsque le duo remplissait ses premières salles.

C’est probablement l’un des meilleurs indicateurs de l’héritage laissé par Catherine Ringer : sa musique appartient à une époque très identifiable, tout en ayant réussi à ne jamais vraiment y rester enfermée.

Thomas
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Thomas suit pour Info du Jour les sujets qui font parler et ceux qui commencent à émerger. Sport, nouvelles technologies, gaming, automobile, cinéma, séries, musique, lifestyle ou phénomènes du Web : il décrypte les tendances avec un ton accessible et dynamique, sans sacrifier la fiabilité de l’information.
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