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PISA 2025 : pourquoi les résultats des élèves français atteignent un niveau historiquement bas

Mathématiques, compréhension de l’écrit, sciences… Le nouveau bulletin scolaire de la France n’est pas franchement rassurant. Les résultats de l’enquête PISA 2025, publiés le 8 septembre 2026 par l’OCDE, montrent que les performances des élèves français de 15 ans comptent désormais parmi les plus faibles enregistrées depuis la création de cette grande évaluation internationale.

La France n’est toutefois pas un cas isolé. Dans une grande partie des pays développés, les adolescents rencontrent davantage de difficultés en mathématiques et en lecture qu’il y a dix ans. Mais les données françaises mettent également en évidence un problème bien connu de notre système éducatif : l’origine sociale continue de peser très lourd sur les résultats scolaires.

Alors, les élèves français sont-ils vraiment devenus « mauvais » ? Que mesure exactement PISA ? Et comment expliquer une baisse qui dépasse largement les frontières françaises ?

PISA, c’est quoi exactement ?

Tous les trois ans environ, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) organisé par l’OCDE évalue les compétences d’adolescents âgés de 15 ans.

L’objectif n’est pas simplement de vérifier s’ils connaissent leur programme scolaire par cœur. Les exercices cherchent plutôt à déterminer s’ils sont capables d’utiliser leurs connaissances pour résoudre un problème, comprendre un texte, interpréter des informations ou raisonner face à une situation nouvelle.

Pour l’édition 2025, l’enquête a atteint une ampleur record : environ 760 000 élèves issus de 91 pays et économies y ont participé. Le domaine particulièrement étudié cette année était celui des sciences.

En France, l’échantillon comptait plusieurs milliers d’élèves de 15 ans. Leurs résultats permettent ensuite de comparer notre système éducatif à ceux d’autres pays, mais surtout d’observer son évolution au fil du temps.

Et c’est précisément sur ce dernier point que les résultats deviennent préoccupants.

Les résultats français sont parmi les plus faibles jamais enregistrés

Le constat de l’OCDE est particulièrement clair : en 2025, la France obtient des résultats inférieurs à ceux de 2022 en mathématiques et en compréhension de l’écrit.

En sciences, la situation est différente. Le niveau reste globalement stable par rapport à 2022, mais il demeure inférieur à celui observé dix ans auparavant.

L’OCDE résume ainsi la situation française : les résultats de 2025 figurent parmi les plus faibles jamais mesurés par PISA en France dans les trois matières étudiées. Ils sont également nettement inférieurs à ceux de 2015.

Cela ne signifie pas pour autant que la France s’effondre seule pendant que tous ses voisins progressent. Les performances moyennes françaises restent proches de la moyenne des pays de l’OCDE.

Le problème est plus général : c’est cette moyenne internationale elle-même qui recule.

En mathématiques, plus d’un élève français sur trois est en difficulté

Les mathématiques constituent l’un des principaux points faibles.

En 2025, seulement 64 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2 de compétence en mathématiques, contre 65 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Autrement dit, environ 36 % n’atteignent pas ce niveau considéré comme un socle de compétences.

À ce niveau 2, un adolescent doit par exemple pouvoir comprendre comment représenter mathématiquement une situation relativement simple, comparer différents itinéraires ou convertir des prix dans une autre monnaie.

La situation devient encore plus frappante lorsqu’on regarde les meilleurs élèves.

Seulement 5 % des Français atteignent les niveaux 5 ou 6, qui correspondent aux performances les plus élevées. La moyenne de l’OCDE atteint 8 %. À titre de comparaison, cette proportion grimpe à 37 % à Singapour, 23 % en Corée du Sud et 22 % au Japon.

Le problème français ne concerne donc pas uniquement les élèves les plus fragiles. La proportion de très bons élèves est également relativement faible.

La dégradation en mathématiques s’inscrit dans une tendance beaucoup plus longue

Regarder uniquement la différence entre 2022 et 2025 ne permet pas de mesurer l’ampleur du phénomène.

Par rapport à 2015, la proportion d’élèves français considérés comme peu performants en mathématiques a augmenté de 12 points de pourcentage.

Cette évolution rejoint une tendance internationale. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, le score moyen en mathématiques a perdu 22 points entre 2015 et 2025, ce que l’organisation estime équivalent à un peu plus d’une année d’apprentissage.

La baisse avait déjà été particulièrement importante entre PISA 2018 et PISA 2022, période fortement perturbée par la pandémie de Covid-19 et les fermetures d’établissements scolaires.

Mais le nouveau recul observé après 2022 complique l’explication. La pandémie ne suffit plus, à elle seule, à expliquer pourquoi les performances continuent de diminuer.

La lecture devient elle aussi un véritable sujet d’inquiétude

Les résultats en compréhension de l’écrit ne sont guère plus rassurants.

En France, 67 % des adolescents atteignent au moins le niveau 2, contre 69 % dans l’ensemble de l’OCDE. Cela signifie qu’environ un élève français sur trois reste sous ce seuil.

À partir du niveau 2, les élèves doivent notamment être capables d’identifier l’idée principale d’un texte, de retrouver une information correspondant à plusieurs critères et de réfléchir à l’objectif ou à la forme d’un document.

Les compétences demandées aux niveaux supérieurs deviennent particulièrement intéressantes dans notre environnement numérique : comprendre des textes longs, manipuler des idées abstraites mais aussi distinguer des faits d’une opinion en étudiant le contenu et la source d’une information.

Or seuls 5 % des élèves français atteignent au moins le niveau 5 en lecture, contre 6 % en moyenne dans l’OCDE.

Une baisse particulièrement problématique à l’ère de TikTok et de l’intelligence artificielle

La baisse de la compréhension de l’écrit ne concerne pas seulement les cours de français.

Savoir lire une information complexe, croiser plusieurs sources et identifier ce qui relève d’un fait ou d’une opinion est devenu essentiel lorsque nous sommes quotidiennement confrontés aux réseaux sociaux, aux vidéos courtes, aux moteurs de recherche et désormais aux contenus générés par intelligence artificielle.

L’OCDE observe justement une dégradation de compétences liées à l’évaluation de l’information, au croisement de plusieurs sources et à la lecture critique. Elle constate également que la proportion d’élèves ayant tendance à parcourir trop rapidement les textes avant de fournir une réponse incorrecte a presque doublé entre 2018 et 2025.

Il serait cependant trop facile d’en conclure que « TikTok rend les jeunes mauvais à l’école ». PISA permet de constater des évolutions, mais pas d’attribuer automatiquement une baisse à une application ou à une technologie particulière.

Les usages numériques constituent une piste parmi d’autres, aux côtés des conséquences durables de la pandémie, des méthodes d’apprentissage, de l’environnement familial, des conditions d’enseignement ou encore de l’évolution du rapport des adolescents à la lecture.

En sciences, la France résiste un peu mieux

Les sciences constituent la partie la moins négative du bilan français.

Avec un score moyen de 483 points, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE. Les performances sont également relativement stables par rapport à 2022.

Environ 74 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2 en sciences, exactement comme dans la moyenne des pays de l’OCDE. Par ailleurs, 7 % atteignent les niveaux 5 ou 6, là encore au niveau de la moyenne internationale.

Il faut néanmoins relativiser cette stabilité.

Lorsqu’on remonte jusqu’en 2015, les performances scientifiques françaises ont elles aussi diminué. La proportion d’élèves en difficulté a augmenté de 4 points de pourcentage en dix ans.

La France ne progresse donc pas vraiment en sciences : elle évite surtout le recul plus marqué observé en mathématiques et en lecture.

Le problème dépasse largement la France

C’est l’un des enseignements les plus importants de PISA 2025.

Dans l’ensemble de l’OCDE, les performances moyennes en mathématiques et en lecture atteignent leur niveau le plus faible jamais enregistré par PISA. En sciences, les résultats sont restés relativement stables depuis 2022, après plusieurs années de baisse.

En dix ans, le score moyen en compréhension de l’écrit a diminué de 28 points dans l’OCDE, soit l’équivalent estimé d’environ un an et demi d’apprentissage. En mathématiques, la diminution atteint 22 points.

Autre chiffre révélateur : un élève de 15 ans sur cinq dans l’OCDE est désormais peu performant simultanément en sciences, en mathématiques et en lecture. Ils n’étaient que 16 % dans cette situation en 2022.

Il existe néanmoins des pays qui résistent mieux, voire progressent dans certains domaines. L’OCDE cite par exemple la Turquie et le Royaume-Uni parmi les pays membres ayant amélioré leurs performances scientifiques depuis 2022.

La baisse n’a donc rien d’inévitable.

Et la France dans le classement mondial ?

Les classements PISA sont souvent les éléments les plus commentés lors de la publication des résultats. Cette année encore, la France ne fait pas partie des meilleurs systèmes éducatifs.

Elle se situe autour de la 27e position, tout en restant globalement proche de la moyenne de l’OCDE.

Mais comparer uniquement les places peut être trompeur. Les écarts entre certains pays sont parfois faibles ou statistiquement non significatifs, tandis que la liste des participants évolue d’une édition à l’autre.

Les données les plus intéressantes concernent donc moins le fait de savoir si la France est 25e ou 27e que de comprendre comment les compétences de ses élèves évoluent sur dix ou vingt ans.

Sur ce point, le message est beaucoup moins ambigu : les performances diminuent.

Les pays asiatiques restent impressionnants en mathématiques

PISA confirme également la domination de plusieurs systèmes éducatifs asiatiques dans les compétences mathématiques avancées.

La différence apparaît clairement lorsqu’on regarde la proportion d’élèves atteignant les niveaux les plus élevés. Elle est de seulement 5 % en France, contre 37 % à Singapour, 32 % à Taipei chinois, 29 % à Macao, 23 % en Corée du Sud et 22 % au Japon.

Ces résultats ne signifient évidemment pas qu’il suffirait de copier leur système scolaire. Les programmes, les cultures éducatives, les horaires, la pression scolaire et l’organisation sociale diffèrent considérablement.

Ils montrent cependant qu’un nombre beaucoup plus important d’adolescents parvient, dans certains pays, à résoudre des problèmes mathématiques complexes.

Le milieu social reste l’un des grands points faibles français

Au-delà des moyennes nationales, PISA révèle surtout à quel point l’école française peine toujours à réduire les inégalités liées à l’origine sociale.

En sciences, les 25 % d’élèves français appartenant aux milieux socio-économiques les plus favorisés obtiennent en moyenne 100 points de plus que les 25 % les plus défavorisés.

Dans l’ensemble de l’OCDE, cet écart est de 85 points. La différence française est donc nettement supérieure à la moyenne internationale.

Le statut économique, social et culturel explique par ailleurs 14 % de la variation des performances scientifiques en France, contre 12 % en moyenne dans l’OCDE.

En clair, deux adolescents du même âge n’ont toujours pas les mêmes probabilités de réussite selon le milieu dans lequel ils grandissent.

Les inégalités diminuent… mais pas forcément pour la bonne raison

Une donnée pourrait pourtant sembler encourageante : entre 2015 et 2025, l’écart entre élèves favorisés et défavorisés s’est réduit en sciences.

Le problème est la manière dont ce rapprochement s’est produit.

Selon l’OCDE, les performances des élèves favorisés ont diminué tandis que celles des élèves défavorisés sont restées relativement stables.

L’écart se réduit donc en partie parce que ceux qui obtenaient auparavant les meilleurs résultats réussissent moins bien, et non parce que les élèves les plus fragiles ont massivement rattrapé leur retard.

C’est évidemment très différent d’une réduction des inégalités provoquée par une forte progression des élèves défavorisés.

Certains élèves défavorisés réussissent malgré tout très bien

PISA permet aussi d’éviter une vision trop déterministe de l’origine sociale.

En France, environ 11 % des élèves défavorisés parviennent à se classer parmi les 25 % d’élèves les plus performants en sciences dans le pays. L’OCDE les qualifie d’élèves « résilients ».

La moyenne internationale atteint 12 %, ce qui place ici la France assez près des autres pays développés.

Ces parcours rappellent que le milieu social influence fortement les probabilités de réussite sans déterminer individuellement le destin scolaire d’un adolescent.

L’enjeu pour l’école consiste précisément à faire en sorte que ces réussites deviennent moins exceptionnelles.

Peut-on accuser uniquement le Covid ?

La pandémie a incontestablement bouleversé la scolarité de millions d’élèves. Fermetures d’établissements, enseignement à distance, isolement et difficultés d’apprentissage ont marqué plusieurs années scolaires.

Elle constitue donc une partie de l’explication, notamment pour la chute enregistrée lors de PISA 2022.

Mais PISA 2025 montre que la situation ne s’est pas automatiquement rétablie après la pandémie. Les performances en mathématiques et en lecture ont encore diminué dans l’ensemble de l’OCDE entre 2022 et 2025.

Cela suggère l’existence de facteurs plus profonds.

L’OCDE évoque notamment la nécessité de mieux accompagner les enseignants, de concentrer davantage les apprentissages sur certaines compétences fondamentales, d’impliquer les parents et de fournir un soutien ciblé aux élèves et établissements qui en ont le plus besoin.

Les écrans et l’IA sont-ils responsables ?

La question va forcément accompagner les débats sur PISA 2025.

Les adolescents de 15 ans évalués cette année appartiennent à une génération qui a grandi avec le smartphone, YouTube, TikTok, les messageries instantanées et, plus récemment, les outils d’intelligence artificielle générative.

Le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, insiste toutefois sur une distinction importante : la technologie peut améliorer l’apprentissage lorsqu’elle est utilisée dans un objectif pédagogique précis, mais elle ne doit pas remplacer l’attention, l’effort et la compréhension.

Autrement dit, la technologie n’est probablement ni la solution miracle ni l’unique responsable.

Le véritable enjeu est plutôt de savoir comment l’école peut apprendre aux adolescents à utiliser ces outils sans abandonner les compétences fondamentales nécessaires pour comprendre un texte, raisonner et vérifier une information.

Un résultat préoccupant, mais pas une génération « perdue »

Face à des résultats aussi faibles, la tentation est grande de résumer PISA 2025 par une formule : « les jeunes ne savent plus rien ».

Ce serait pourtant une mauvaise lecture de l’enquête.

Les adolescents français restent globalement proches de la moyenne de l’OCDE dans les trois grands domaines évalués. Le problème est que cette moyenne internationale baisse elle aussi, tandis que la France obtient des performances nettement inférieures à celles enregistrées dix ans auparavant.

Le signal d’alarme est donc réel, mais il concerne davantage l’évolution du système éducatif que les capacités d’une génération entière.

PISA 2025 pose surtout la question de ce que l’école doit transmettre

Le résultat le plus inquiétant de cette édition n’est finalement peut-être pas la 27e place française dans un classement international.

C’est le fait qu’en France, environ un tiers des élèves de 15 ans n’atteignent pas le niveau 2 en mathématiques ou en compréhension de l’écrit, tandis que les performances sont nettement inférieures à celles d’il y a dix ans.

Dans une société où il faut quotidiennement interpréter des chiffres, comprendre des informations contradictoires, identifier des contenus trompeurs et désormais utiliser des intelligences artificielles capables de produire des réponses très convaincantes mais parfois fausses, ces compétences dépassent largement les murs de l’école.

PISA 2025 ne dit donc pas seulement quelque chose du niveau des élèves français. L’enquête pose une question beaucoup plus large : quelles compétences voulons-nous réellement donner aux jeunes pour comprendre le monde dans lequel ils vont vivre ?

Lisa
Lisahttps://www.info-du-jour.fr
Lisa décrypte l’actualité pour Info du Jour avec une approche claire, documentée et accessible. Elle s’intéresse particulièrement aux sujets de société, à l’économie, aux sciences, à la santé et à l’environnement. Son objectif : aller au-delà du titre pour expliquer les chiffres, remettre les événements dans leur contexte et permettre à chacun de mieux comprendre l’actualité.
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